Pépére boîte à lunch – Courir pour sa santé, courir pour une cause

L’histoire de Ronald Cormier

Ronald Cormier a pendant de nombreuses années détenu un emploi qui lui demandait suffisamment d’activité physique pour le maintenir en forme. Préparant sa retraite, il lui est venu à l’idée que les activités physiques qu’il avait exercées pendant toutes ces années ne feraient plus partie de sa vie. Il lui fallait donc les remplacer. Mais par quoi donc?

Sa fille Marcia lui recommanda la course, puisqu’on peut en faire presque partout, n’importe quand et à moindre prix. C’est donc à l’âge de cinquante-huit ans que Ronald chausse ses espadrilles pour la première fois et se lance dans le vide. Le vide, oui, parce qu’il n’avait aucune expérience et aucune notion sur la course à pied. Il allait le découvrir. Le nouvel athlète a vite fait de réaliser qu’on ne s’improvise pas coureur, et qu’il faut de la préparation, des méthodes et qu’il faut être convenablement équipé.

Le nouveau coureur admet candidement tout ignorer des techniques de la couse à pied, mais cela ne l’empêche pas de s’inscrire à une compétition dans la région. « J’arrive là et je vois les autres se préparer pour la course, faire des exercices de réchauffement avant le départ. Des choses que je ne savais pas faire », dira-t-il. Il ajoutera qu’avec bien des efforts, il réussit à compléter ses premières courses, mais arrive au but essoufflé, vidé, alors que d’autres semblent prêts à recommencer.

« C’est à ce moment-là qu’un coureur avec lequel j’avais sympathisé me demande si je connaissais le Coin des Coureurs. Il m’a expliqué que le Coin des Coureurs est un organisme international qui réunit des coureurs intéressés à s’entraider, se soutenir, s’encourager et que justement l’organisme avait un centre à Moncton, mentionne Ronald Cormier. C’est une espèce de fraternité qui se réunit à Moncton tous les mercredis et dimanche, et ce, sans frais. » Les coureurs qui le veulent peuvent participer à des cliniques spécialisées offertes par des entraîneurs afin de se préparer à de grandes courses. Celles-là sont payantes.

C’est là que Ronald apprendra qu’il est mal chaussé. « Je suis arrivé là avec les espadrilles que je portais à ma dernière année au secondaire, c’est-à-dire une quarantaine d’années plus tôt! Les chaussures avaient évolué un peu depuis ce temps. C’est là que j’ai entendu des présentations sur les vêtements, la nutrition, le réchauffement, la physiothérapie. Au Coin des Coureurs nous apprenons de l’expérience des autres coureurs qu’ils soient locaux, nationaux ou internationaux. » Cormier explique que les coureurs qui arrivent dans une ville étrangère peuvent toujours vérifier s’il y existe un Coin des Coureurs et connaître les dates et heures des rencontres. Ils y sont toujours bienvenus et bien accueillis. « Au Coin des Coureurs, tous les participants sont des égaux. Les plus expérimentés conseillent les nouveaux et respectent les limites de chacun tout en les encourageant à se dépasser eux-mêmes. Personne n’est là pour juger et personne n’est jugé. Après un certain temps, tous se connaissent et tous se respectent. »

Les marathons

Ronald Cormier explique que c’est au Coin des Coureurs que le vrai goût de la course à pied lui est venu. Ainsi, en 2013 lui vint l’idée de s’inscrire à son premier demi-marathon. C’est à Kouchibouguac qu’il réalisa cette étape après avoir suivi une clinique pour s’y préparer. « J’étais prêt, je me sentais bien et j’ai réussi sans trop de difficulté. J’irais même jusqu’à dire que mon premier demi-marathon a été moins épuisant que mon premier cinq kilomètres », constate-t-il.

À la suite du demi-marathon de Kouchibouguac, Ronald raconte en avoir fait une douzaine d’autres. Quelques années plus tard, en 2015, il voit grand et envisage la réalisation d’un marathon complet. C’est ainsi qu’il commence à s’entraîner pour le marathon de Fredericton, qui se tiendra le 6 mai 2016. Cet entraînement représente courir cinq fois par semaine pendant une période de 18 semaines. Plus de 1000 kilomètres courus en quatre mois et demi. Pendant cette période, explique-t-il, il faut courir peu importe les conditions météorologiques. « Il faut s’entraîner sous toutes les températures parce qu’on ne connaît pas le temps qu’il fera le jour déterminé. »

Le 6 mai, 2016 à Fredericton le temps était frais, ensoleillé, donc des conditions idéales pour les coureurs. Ronald réussira son premier marathon en 3 heures, 47 minutes et 30 secondes. VICTOIRE! Ce temps est une marque suffisante pour le qualifier pour le fameux marathon de Boston.

Mais avant de courir celui de Boston, Ronald s’inscrit et est choisi pour faire celui de New York. C’est donc en novembre 2016, avec plus de 51,000 autres marathoniens que Ronald se lance dans la course. Avec ses 50,000 coureurs, ce marathon est le plus imposant de tous les temps. Il réussira un temps en deçà de 4 heures.

C’est au printemps de 2017 qu’il accomplira en quelques semaines ce que beaucoup considèrent presque impossible. On dit que, généralement, on devrait laisser écouler six mois entre deux marathons, mais Ronald Cormier ne semble pas croire en l’adage et courera trois marathons en huit semaines.

Le premier sera le fameux marathon de Boston qui est tout probablement le plus prestigieux au monde. Il réussit l’exploit encore en moins de quatre heures. Ronald admettra que ce fut sans doute le plus émotionnel. « Tout au long du parcours, nous passions devant des monuments des plaques, de différentes choses ou rappelant les tristes événements de 2014. » Cinq semaines plus tard, il participe à Ottawa au marathon soulignant le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Le temps qu’il réalise à Ottawa est suffisant pour le qualifier pour le prochain marathon bostonien.

Pépére Boîte à Lunch

Ronald Cormier est membre du Conseil 7535 des Chevaliers de Colomb de Grande-Digue. Le jour où son groupe a discuté d’une demande d’assistance financière en provenance de la directrice de l’école de son village, un déclic s’est fait dans la tête de Cormier. L’école avait besoin d’argent pour nourrir les élèves qui n’avaient pas déjeuné ou encore n’avait rien à manger dans leur boîte à lunch. Pourquoi ne pas mettre ses courses à profit pour les jeunes démunis de sa communauté. C’est ainsi que prit naissance “Pépére Boîte à Lunch”.

Pépére Boîte à Lunch fait commanditer ses courses par différentes personnes ou groupes et remet toutes les recettes de ces commandites à la cause, c’est-à-dire les jeunes de l’école de son village. Il précise que les commandites ne vont en aucune façon pour payer les frais qu’il encourt pour participer aux courses qu’il fait. En treize mois, plus de 14,000.00$ ont été ramassés et remis à l’école pour offrir des repas aux plus démunis, mais aussi des goûtés à tous les élèves de l’école. Est-il nécessaire de dire que Pépére Boîte à Lunch est perçu et reçu en héros par la direction, les enseignants et les élèves lors de ses visites à l’école? Le coureur fait remarquer que les jeunes n’ayant pas suffisamment à manger ne sont pas exclusifs à l’école de Grande-Digue mais que c’est un phénomène répandu dans la grande majorité des écoles sinon toutes les écoles de la province. Toutes ces écoles ont besoin de commanditaires pour aider à nourrir les élèves démunis.

D’ailleurs, l’école Grande-Digue a organisé en 2017 la première édition du Marathon Pépére Boîte à Lunch, qui relie Grande-Digue à Cap-Pelé, en l’honneur de Ronald. L’objectif de la course est d’amasser des produits alimentaires pour la banque alimentaire locale.  Nombreux sont les jeunes de l’école de Grande-Digue à y avoir participé. Grand succès, ce projet a réussi à récolter plus de 70 bacs de nourriture. « Cette course a été sans aucun doute la plus spéciale pour moi. Ce fut une occasion de montrer aux jeunes qu’il est aussi satisfaisant, sinon plus satisfaisant de donner que de recevoir. »

Après un repos bien mérité, Ronald Cormier s’est remis à l’entraînement. En octobre dernier, au demi-marathon de Tracadie il est arrivé deuxième dans sa catégorie avec un temps record personnel de 1heure 42 minutes.

C’est vers la fin novembre 2017 qu’a débuté l’entraînement en vue de son deuxième marathon de Boston. Que lui réserve l’avenir? Seul le temps le dira, mais si vous lui en parlez, Ronald lui-même vous dira qu’il est beaucoup trop jeune pour penser à la retraite!

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